31 octobre 2013

Dans l'objectif : Booka Shade.


Booka Shade / A gauche:Walter Merziger - A droite: Arno Kammermeier
LPO était pour vous au festival électro de l'Ososphère à Strasbourg. Que du beau monde, entre Fat Boy Slim, Kavinsky, Laurent Garnier, Yuksek ou encore Booka Shade qui nous a accordé une interview. Ce groupe, figure majeure de la scène électro allemande, sortira le 1er novembre son nouvel album EVE. Si le plaisir était au rendez-vous pour le public, les deux compères de Booka Shade, Arno Kammermeier et Walter Merziger ne semblent pas en reste. Avec le sourire aux lèvres, ils prennent un malin plaisir à faire bouger les têtes ! Après ce concert qui secoue on comprend mieux comment le groupe arrive à donner autant d’énergie positive sur ces lives. C'est donc l'occasion de revenir sur ce groupe parfois méconnu en France. Pour débuter, retour en musique avec un morceau qui a propulsé Booka Shade sur le devant de la scène.

Booka Shade  - Charlotte



LPO: Votre nouvel album sort le 1ernovembre, trois ans après le dernier opus More, que s'est-il passé pendant ces années ?


Arno: Qu'est-ce qu'il s'est passé...(rires) On a travaillé sur notre album pendant un bon moment. En fait, ce n'est pas comme si on avait été aux Caraïbes sur deux ans et demi puis une fois revenus réalisé l'album. C'était un long processus d'écriture de chansons pour trouver à la fois la bonne voie et le bon style. Car c'est le 5ème album et il y a l’histoire de Booka Shade comme acte instrumental. A la différence d'un groupe, quand vous avez un chanteur vous pouvez modifier la musique et le chanteur gardera le son uni s'il a une voix remarquable, mais avec l'instrumental vous devez trouver la musique elle-même, et elle doit raconter une histoire et peut dans un sens apporter le style. Ainsi, nous avons cherché à ne pas nous répéter mais à toujours sonner comme du Booka Shade et cela a pris du temps et c'était parfois assez douloureux pour nous.

LPO: Qu'apportez-vous avec ce nouvel album et qu'est-ce que voulez-vous exprimer en plus par rapport aux autres albums?

Walter: Nous avons eu une grosse crise pour être honnête, c'était très dangereux pour le projet tout entier. Nous ne savions plus quoi dire et c'était comme un vide. Nous avions des chansons écrites mais ce n'était pas suffisamment convaincant pour nous. Et nous avions déjà une tournée réservée et nous avions joué au Coachella Festival (Californie, États-Unis), dans des festivals en Amérique du Nord et du Sud et en Australie sans avoir aucun album mais ceci n'était pas bon pour nous. Nous avons donc mis tout l'album à la poubelle et nous nous sommes dit, « Ok, recommençons encore ». Mais ce n'était pas la production, tout n'est pas venu ensemble, ce fut un processus très difficile. Puis, nous avons trouvé cet endroit à Manchester, un studio très sympa, nous pouvions enregistrer avec des vraies batteries, des batteries acoustiques. Le bâtiment, enfin la maison entière, est un lieu rempli d'objets étranges et des équipements les plus fous, on pouvait dormir ou manger là-bas, nous n'avons donc pas quitté la maison pendant un bon moment, c'était une expérience géniale. Nous avons aussi retrouvé une unité, on s'est ressenti de nouveau comme un groupe comme on l’a dit dans le documentaire que l’on a tourné et ce fut une véritable bonne expérience. On a réalisé « Ok, on va vers la bonne direction, c'est clair maintenant » et bien-sûr à la fin nous avons modifié quelques chansons que nous n'avions pas produites dans ce studio mais elles sont sorties de cette atmosphère, tout recommençait à rouler et à redevenir naturel.



LPO: Pensez vous que vous avez eu une l'influence de « Madchester» 1 ?



Vue extérieure de l'Haçienda
Walter: C'est identique quand vous jouez à Seattle, à Manchester, ou à Londres, tous ces lieux légendaires. D'abord quand nous nous balladons dans une ville, c'est toujours quelque chose que nous regardons naturellement. Bien-sûr, nous avons cherché où était l'Hacienda, elle n'existe plus. C'est un bâtiment industriel avec des appartements maintenant, il y a reste juste une petite plaque indiquant l'Haçienda. Il y a une certaine énergie, c'est un peu à l'extérieur de Manchester. C'est le temps, c'est l'atmosphère en Angleterre, c'est ce sentiment général qui est différent mais je ne suis pas sûr qu'il y ait un sentiment « Manchester » dans l'album. Mais je pense que le studio où nous avons enregistré est un lieu spécial et à une certaine atmosphère et magie, peut-être que ça vient de Manchester, je ne sais pas...

1: Madchester désigne un mouvement musical mélangeant house et rock des années 1980 et 1990, basé à Manchester et est la contraction de «Mad» (fou en anglais) et de la ville Manchester. Le club de l'Haçienda est le symbole de cette époque faisant émerger avec le label Factory Records des groupes tels les Stones Roses ou Happy Mondays.


LPO: Cela va faire quelques mois que vous êtes en tournée, y avec-vous déjà testé le nouvel album ?

Arno: Pour être honnête, ce soir c'est le dernier concert de notre ancien tour, originellement ces shows nous pensions que nous les ferions en DJ set et puis nous avons décidé de le faire en live. C'est donc la fin d'une ère. C'est le vieux set que nous jouons et nous avons essayé pas mal de nouvelles chansons en DJ set, lesquelles nous allons utiliser dans le nouveau show. Tout ce temps nous travaillions notre album c'est la chose intéressante avec le « DJing », c'est que vous pouvez prendre une chanson de dance ou de club, vous pouvez la prendre et l'essayer en DJ set et puis continuer le travail. Le nouveau show débutera à Amsterdam à l'ADE (Amsterdam Dance Event), mi-octobre. Ce Tour a été fait car nous n'avions pas d'album. Nous avions réservé la tournée européenne et américaine. Nous nous demandions « qu'est-ce qu'on peut faire ? ». C'est le « No Album Tour » (rires).
1ier titre du nouvel album - Love Inc



LPO: Quel est votre point de vue sur la scène Berlinoise, perçue comme la capitale électro ? Et que pensez-vous de la scène allemande ? Vous avez notamment travaillé avec Fritz Kalkbrenner, figure de l'electro.


Fritz Kalbrenner sur sa pochette d'album
Arno: Fritz Kalkbrenner c'est donc le chanteur qui a collaboré pour une chanson que nous avons enregistré, il y a presque deux ans. C'est parce qu'il a demandé un remix de la chanson que nous nous sommes dit « Ok, on fait le remix et en retour pourquoi tu ne chanterais pas pour nous ? » et c'est ainsi que la coopération a commencé, entre l'enregistrement de son second album et sa tournée, et la chanson sort en novembre.
La scène berlinoise, bien, ça c’est un sacré thème. Partout où vous allez dans le monde, les gens demandent « d'où vous venez? De Berlin », tout le monde dit, « bien sûr ça doit être...». Cela a une longue histoire, nous ne sommes par originellement berlinois nous avons habité à Franckfort et nous avons vécu et grandi à Sarrebruck. Et bien-sûr Berlin est devenue une capitale de l'électro et plein d'artistes du monde entier sont venus car le coût de la vie est bas et pendant longtemps il y avait beaucoup de places libres où les gens pouvaient faire des choses dans des entrepôts ou d'autres lieux. Cette époque se termine car les prix augmentent, donc les loyers aussi mais ça été pour longtemps un paradis pour les artistes et plusieurs labels.




LPO: Nous sommes actuellement sur un Festival français, c'est un moyen de parler de la scène éléctro française, que pensez vous de cela et quels sont vos contacts avec la France?


Arnaud: Kavinsky, on l'a rencontré sur notre tournée en Australie et on l'a d'ailleurs salué en arrivant ici. Nous devons, que nous avons croisé ces artistes dans différents pays car nous avons eu pas mal de succès quand on a commencé en France. Bon je commence avec le principal artiste que l’on connait, Laurent Garnier et qui est depuis longtemps une inspiration, et c'est un gars qu'on voit régulièrement sur les festivals et un peu partout. Quand nous avons commencé avec Booka Shade en 2004-2005, on jouait en France assez souvent, on a fait des bons concerts à Paris et dans le sud de la France, c'était avant que les Daft Punk reviennent et juste un peu avant l'arrivée de Justice. Tout ces gars étaient si énormes, que l’on s’est dit qu'il n'y avait plus de places pour nous, nous sommes donc restés à l'écart pendant un moment. A chaque fois où nous sommes venus à Paris c'était génial. Nous nous sommes sentis super et il y avait aussi beaucoup de personnes mais il semblait que l'époque n'était pas propice. Maintenant, nous recevons des retours sur le nouvel album et que c'est sans doute le bon moment pour revenir en France et tu vois la semaine dernière on a joué à Lille, maintenant à Strasbourg, puis nous ferons Marseille, puis Paris, il y a donc une série de shows en France à venir et pour nous c'est génial. Sans rire, mais nous apprécions beaucoup le pays car nous avons vécu très près de la France. Le sentiment est donc là, on espère faire plus de shows.



LPO: Vous avez pu jouer sur cette tourné avec Depeche Mode, un groupe qui reste pour vous une référence, qu'avez-vous ressenti ?

Walter: On avait déjà joué avec eux en 2006 à Berlin. On a trouvé Booka Shade plus ou moins comme un groupe de live. On a fait la première partie de Depeche mode en 2006, j'étais sans voix et ce n'est pas très souvent le cas, nous avons eu la chance de jouer avec eux de nouveau à Tel Aviv et ils nous ont traité comme un prince ou un roi , c'était vraiment sympa. Puis, on a fait un long test de son et un bon concert d'une heure, et ils ont commencé à jouer immédiatement après et c'était vraiment réellement bien. Il y a une sorte de connexion entre notre son et la musique que nous faisons et les fans de Depeche Mode. Ça a donc été très bien, on a eu un concert génial et on a pu jouer dans une salle pleine avec 40 000 personnes car c'était très proche du concert de Depeche Mode, tout le monde était là, une super expérience.



Merci au groupe pour l'interview et à toute l'équipe pour la logistique- LPO


30 octobre 2013

Photographe de guerre : au plus près de la guerre civile syrienne.


Les photojournalistes ont fait – et font toujours – rêver des générations de reporters en herbe. Le 22 octobre 2013, Robert Capa aurait dû avoir cent ans s’il n’avait pas trouvé la mort en Indochine le 25 mai 1954. Par son panache, son courage et son engagement, Capa a contribué à créer – et en grande partie mythifier – une profession. JM Lopez est un photoreporter qui mériterait d’être considéré comme un digne héritier du génial hongrois. Formé à la photographie à l’école des arts et métiers d’Oviedo, JM Lopez a essentiellement travaillé pour La Crónica de León jusqu’en 2009. Il décide par la suite de devenir indépendant et multiplie les escapades loin de son Espagne natale : Iran, Kosovo, Haïti, Guatemala… Il collabore depuis avec les plus prestigieuses publications mondiales comme le New York Times, Le Monde ou encore El País. Pour LPO, il a accepté de partage son expérience de reporter en temps de guerre.

Tu viens de rentrer d’Alep en Syrie, peux-tu nous décrire la situation actuelle dans cette zone, notamment entre les rebelles et l’armée syrienne ?

La situation actuelle en Syrie est très compliquée. D’un côté, il y a l’armée régulière syrienne et de l’autre tous les groupes rebelles. Aucun des deux clans ne semble suffisamment fort pour l’emporter sur l’autre et la guerre est à présent entrée dans une phase d’enlisement. De plus, l’apparition de groupes islamistes proches d’Al-Qaïda chez les rebelles a entraîné beaucoup de tensions au sein de l’ASL (Armée Syrienne Libre, ndlr) allant même jusqu’à l’affrontement, comme ce fut également le cas face aux Kurdes.

Tu étais au cœur des combats en Syrie. As-tu été témoin d’usage d’armes non-conventionnelles ?

Non, jusqu’à présent je n’ai pas été personnellement témoin de ce genre d’attaques mais j’ai des collègues qui, eux, l’ont été.

Le neuf octobre, le premier ministre français a rendu public l’enlèvement de deux journalistes français : Nicolas Hénin et Pierre Torres. Reporters Sans Frontières parle d’une « recrudescence inquiétante du nombre d’enlèvements ». Te sentais-tu menacé lorsque tu étais en Syrie ? Ce risque est-il un sujet de conversation entre reporters ? Comment peut-on s'en protéger ?

Le problème des enlèvements de journalistes en Syrie est à ce point critique que peu nombreux sont ceux qui aujourd’hui se risquent à travailler là-bas. Les groupes islamistes kidnappent tous les étrangers qu’ils rencontrent et offrent même une récompense à qui le leur en livrera un. Il est très difficile de se protéger face à cela, il faut juste beaucoup d’expérience, de très bons contacts et beaucoup de chance.
Bien connaître la zone dans laquelle tu te rends et se faire le plus discret possible font aussi parties des précautions qu’il faut prendre. De plus, il faut toujours aller sur le terrain escorté par une brigade en laquelle tu as une confiance absolue.

Tu as choisi de travailler en tant que freelance. Ce statut te donne-t-il l’impression de prendre plus de risques qu’un agencier ou qu’un photographe qui possède l’appui d’une rédaction ? As-tu un guide qui t’informe sur la zone de combats ? Comment as-tu réussi à entrer en Syrie ?

Lorsque l’on est confronté à ces situations, je pense que les risques sont les mêmes pour tous. En cas de problème, travailler au sein d’un média peut peut-être t’aider. Actuellement, étant donné que la situation est très compliquée, les médias cherchent à éviter les problèmes et n’envoient pas leurs reporters couvrir le conflit, et nous sommes pratiquement les seuls, les freelances, à travailler là-bas. Les uns comme les autres, nous nous déplaçons avec un guide appelé fixer qui normalement sert aussi de traducteur et parfois de chauffeur. Il faut que ce soit une personne qui connaisse très bien la situation sur place et qui possède de bons contacts avec les différents groupes rebelles.


« Si vos photos ne sont pas assez bonnes, c’est que vous n’êtes pas assez près » disait Capa. JM Lopez poursuit la même philosophie. © JM Lopez

Quand il se trouve au milieu de la zone de combat, comment un photoreporter se situe-t-il par rapport à son sujet ? Le risque d’une contradiction n’existe-t-il pas entre la nécessité de prendre de la distance vis-à-vis de tes sujets et le fait qu’ils soient les seuls à même de te protéger ?

Selon moi, la façon dont je travaille en zone de combat n’est pas très différente de la façon de travailler dans n’importe quel autre lieu. On doit essayer de rester impartial et d’être honnête avec le travail que l’on réalise.

Au fait, comment as-tu réussi à te faire accepter des rebelles ?

La population syrienne est extrêmement hospitalière et cela inclut naturellement les rebelles. De plus, auparavant beaucoup d’entre eux avaient un autre métier comme boulanger, professeur ou vendeur. Ils te voient alors comme quelqu’un qui leur ressemble beaucoup même si, pour leur part, ils ont dû prendre les armes à un moment donné. Il s’établit une relation étroite et plus encore lorsque, à certaines occasions, tu as partagé un repas et un lit avec eux.

Dans ta carrière, tu as couvert d’autres zones de conflit comme l’Afghanistan ou l’Irak. Certains reporters aguerris, avec parfois vingt ou trente ans de métier, affirment n’avoir jamais vu des combats d’une telle violence. As-tu eu le même ressenti ?

On a l’habitude de dire que chaque guerre est différente. En Syrie les combats sont principalement concentrés sur les villes ce qui provoque des bombardements aveugles, de nombreuses pertes civiles et, à mesure que le temps passe, beaucoup de destruction. Il s’agit de la pire guerre que je n’ai jamais vue mais je ne crois pas qu’elle soit très différente des guerres des Balkans et du Liban.


Ce combattant rebelle illustre le déséquilibre des combats. Il est armé d’un simple RPG pour lutter contre les chars de Bachar al-Assad. © JM Lopez

La légende du photoreportage, Don McCullin, s’est rendue en Syrie en 2012. A son retour, il a déclaré : « Il est temps pour moi de décrocher, de renoncer à ma carrière de reporter. J’ai envie de beauté ». Après de telles immersions au cœur du chaos, ressens-tu parfois cette même nécessité ou penses-tu qu’au sein d’un conflit, on arrive toujours à déceler une part de beauté ?

La guerre est certainement le pire endroit où l’on peut se trouver, il y a peu de beauté là-bas. Malgré tout, nous poursuivons notre travail car il est nécessaire de raconter ce qu’il se passe dans ces lieux en guerre. Il y a un temps pour tout mais je crois que ce n’est pas encore le moment pour moi d’arrêter.

Un débat a agité le milieu du photoreportage après la publication, par Time Magazine, de photos très explicites concernant l’exécution sommaire de soldats de l’armée régulière. Pour sa sécurité, ce photographe préfère rester anonyme. Quelle est ton opinion au sujet de ces images?

Ce sont des images très dures mais ce n’est pas la première fois que l’on voit des exécutions : des pendaisons comme en Irak ou au Pakistan, des lapidations en Afghanistan, des gens qui s’immolent par le feu. Je pense que nous les photographes, nous dépeignons toutes sortes de situations et dans des cas comme ceux-là, il se pose toujours la question de savoir si ces gens ont, oui ou non, agit parce qu’il y avait un photographe face à eux.

Une question plus technique à présent ; En tant que photographe, quelles sont tes méthodes sur le terrain et quelles boîtiers, quels objectifs as-tu pour habitude d’utiliser?

J’aime travailler avec un équipement léger, sans téléobjectifs ni zoom, et je n’utilise pas non plus de flash. J’ai deux boîtiers Canon 5D Mark II et j’utilise des objectifs 24, 35 et 50 mm, fixes et lumineux. J’aime être au plus près de l’action.


Un combattant rebelle se tient au milieu d’un salon où trônent les objets usuels d’une vie bouleversée par la guerre civile. © JM Lopez

On a l’impression que, de nos jours, tout le monde devient photographe. Le métier s’est démocratisé grâce à l’arrivée des smartphones et d’applications comme Instagram par exemple. Les populations affectées se transforment en journalistes citoyens comme nous le montre Lens of the Young Deri. Certains pourraient se demander simplement si les photoreporters sont toujours aussi utiles sur le terrain. Qu’apportes-tu de plus qu’un jeune syrien doté d’un Iphone ou de son compact ?

Le professionnalisme. Le journalisme citoyen est une très bonne chose parce qu’il y a des fois où les citoyens se trouvent dans des lieux où nous, les professionnels, ne pouvons pas accéder mais parfois nous oublions qu’ils ne fournissent pas toujours une information véridique et nuancée.

On dit souvent des journalistes et des photographes qu’ils sont les « chiens de garde » de la démocratie. As-tu réellement le temps de penser à ce genre de chose lorsque tu es sur le terrain ?

En Syrie ou dans n’importe quel autre endroit où tu travailles, tu n’as pas beaucoup de temps pour penser véritablement à ces choses-là, bien que je partage totalement cet avis. Peut-être que ce sont des réflexions que nous devons avoir à un autre moment.

Actuellement, tu es en Espagne mais est-ce dans l’optique de repartir en Syrie ?

L’intention est là, mais on va voir comment évolue la situation là-bas d’ici le mois prochain et si les médias avec lesquels je travaille souhaitent que j’y retourne.


Les photos présentées dans cet article ont été primées aux International Photography Awards.

Propos recueillis par Hugo Berriat.
Traduction : Joanne Rojas Rodiguez
Merci à Cécile Cochois pour sa précieuse aide linguistique.

20 octobre 2013

En exclu chez LPO


LPO a déniché pour vous en exclu la sortie d'un morceau d'une des figures de l'électro italien, Crookers avec son titre Ghetto Guetta (Dilligas Remix). Un titre à prendre bien-sûr avec ironie, Francesco «Phra»  Barbaglia qui est désormais seul aux manettes nous offre un titre teinté d'absurde et d'influences house des années 90. La sortie officielle est prévue pour le 22 octobre. 

Le ghetto de Crookers viendra peut-être vous faire bouger en cette fin de semaine ?

Francesco “Phra” Barbaglia
Francesco “Phra” Barbaglia




Non, Crookers n'est pas mort. Le projet maintenant monocéphale, dirigé par Francesco “Phra” Barbaglia, a visiblement de quoi revenir aux affaires... Et c'est bien ce mois d'octobre 2013 qui sera spectateur de ce retour.
Depuis le semi-raté Dr. Gonzo, Crookers s'était fait doucement oublier, il fallait bien un bon tube pour sonner le gong et annoncer la fin de la récré. C'est sur Ciao Records que Phra fera son retour, exception faite des États-Unis, où le label de Skrillex, OWSLA, sera maître d'oeuvre de la sortie du single que nous vous faisons écouter en exclu française.
Alors bon, oui, le morceau s'appelle "Ghetto Guetta". Et si vous avez un peu d'humour, vous comprendrez qu'on navigue davantage dans l'absurde qu'autre chose, et que seule la musique compte. Et pour le coup, ce morceau est tout de même diablement efficace, non ?
Le single "Ghetto Guetta" sortira le 22 octobre prochain par chez nous chez Ciao Records. Et il est donc en écoute ci-dessous !
- See more at: http://www.tsugi.fr/news/2013/10/09/ecoute-exclusive-crookers-ghetto-guetta-1547#sthash.oQJyRPvO.dpuf
Non, Crookers n'est pas mort. Le projet maintenant monocéphale, dirigé par Francesco “Phra” Barbaglia, a visiblement de quoi revenir aux affaires... Et c'est bien ce mois d'octobre 2013 qui sera spectateur de ce retour.
Depuis le semi-raté Dr. Gonzo, Crookers s'était fait doucement oublier, il fallait bien un bon tube pour sonner le gong et annoncer la fin de la récré. C'est sur Ciao Records que Phra fera son retour, exception faite des États-Unis, où le label de Skrillex, OWSLA, sera maître d'oeuvre de la sortie du single que nous vous faisons écouter en exclu française.
Alors bon, oui, le morceau s'appelle "Ghetto Guetta". Et si vous avez un peu d'humour, vous comprendrez qu'on navigue davantage dans l'absurde qu'autre chose, et que seule la musique compte. Et pour le coup, ce morceau est tout de même diablement efficace, non ?
Le single "Ghetto Guetta" sortira le 22 octobre prochain par chez nous chez Ciao Records. Et il est donc en écoute ci-dessous !
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Non, Crookers n'est pas mort. Le projet maintenant monocéphale, dirigé par Francesco “Phra” Barbaglia, a visiblement de quoi revenir aux affaires... Et c'est bien ce mois d'octobre 2013 qui sera spectateur de ce retour.
Depuis le semi-raté Dr. Gonzo, Crookers s'était fait doucement oublier, il fallait bien un bon tube pour sonner le gong et annoncer la fin de la récré. C'est sur Ciao Records que Phra fera son retour, exception faite des États-Unis, où le label de Skrillex, OWSLA, sera maître d'oeuvre de la sortie du single que nous vous faisons écouter en exclu française.
Alors bon, oui, le morceau s'appelle "Ghetto Guetta". Et si vous avez un peu d'humour, vous comprendrez qu'on navigue davantage dans l'absurde qu'autre chose, et que seule la musique compte. Et pour le coup, ce morceau est tout de même diablement efficace, non ?
Le single "Ghetto Guetta" sortira le 22 octobre prochain par chez nous chez Ciao Records. Et il est donc en écoute ci-dessous !
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17 octobre 2013

Babilonia, favela pacifiée.


Rio de Janeiro, la ville merveilleuse du Brésil, détient son lot de magie. Une baie brumeuse où de nombreux îlots de montagnes sortent de l’eau, couverte de jungle et de plages blanches malgré la proximité de la ville. Pourtant une partie des Cariocas, les habitants de Rio, vivent dans les quartiers pauvres, connus sous le nom de « favelas ». En 2008, la ville de Rio a mis en place une nouvelle police de proximité chargée de résoudre les problèmes de violence et de drogue dans ces quartiers. Visite de la « favela » pacifiée de Babilonia. 




Babilonia se situe en plein cœur de Rio, au bout de la grande plage de Copacabana, sur les hauteurs de Leme. Une voiture de la police pacificatrice (UPP), les gyrophares allumés, indique l’entrée de la  favela. Pour grimper la pente raide, nous demandons aux « motoboys » le service pour 3 reals. Au fil de notre ascension, nous observons l’animation dans les bouis-bouis où hommes et femmes se retrouvent après la journée. Quelques uns ont même déjà improvisé les airs les plus connus de samba. Au gymnase, les jeunes garçons jouent au foot et les fillettes font les coquettes avec de jolies robes roses et des chaussures à paillettes. Un stand de coiffure est improvisé par des ados, tondant les têtes des hommes de la communauté, tandis que les plus vieux profitent de l’animation, sur fond de musique pop, pour descendre des caisses entières de bières en se racontant les dernières nouvelles. A mesure que nous progressons vers le sommet, les maisons de béton et de briques sont remplacées par des habitations de fortune, aux minces parois ajourées. La rue principale s'achève laissant place à de petites ruelles en escalier qui s’enfoncent dans le cœur de la favela. Il n'y a plus aucune organisation dans la construction des étages. Maisonnettes d’un étage, puis deux quand viennent les enfants, puis trois pour les petits-enfants. Aménagées, décorées, riches en couleurs, en gris-gris porte-bonheur, ces maisonnettes reflètent une existence soignée malgré les moyens modestes des gens d’ici. Ces maisons sont fragiles ; pourtant, l’ensemble a du charme. Nous percevons la cohésion de la communauté, nous y voyons beaucoup de sourires. Nous croisons une bâtisse, plus massive, portant l’inscription de la police. Celle-ci fait partie intégrante du paysage de la favela. Des immeubles ont été construits par l’administration locale afin de reloger les plus démunis. La construction d’une route qui atteindra les logements culminants de la montagne, désenclavera cette partie de Babilonia, la plus sensible en raison des trafics de drogues qui persistent.

 Au terme de notre ascension, Thiago nous ouvre ses portes et nous emmène sur le toit de la maison dans laquelle il vit avec ses parents et son frère de 14 ans. Nous goûtons alors à la plus grande richesse de la communauté : une vue imprenable sur la baie de Copacabana, des montagnes de Leme au Corcovado, l’étendue des 4,5 km de plages, et la ville grouillante, lumineuse, ses immeubles géants paraissant dérisoires à cette hauteur. Pour les habitants de Babilonia, la Cidade Maravilosa revêt ses plus belles couleurs.


Contexte.

A la fin du 19e siècle, des soldats de Rio furent envoyés pour réprimer les révoltes d’esclaves récemment affranchis dans le pays. Ils reçurent la promesse qu’une parcelle de terre dans la ville leur serait attribuée à  leur retour, comme récompense. Quand les soldats rentrèrent, les autorités les ignorèrent et ils durent s’installer avec leurs familles dans des baraques de fortune, colonisant les montagnes de la ville moins accessibles que la vallée déjà occupée par les habitants plus aisés. Ils y trouvèrent une plante piquante appelée favela qui donna son nom à la communauté qui venait de naître : Moro de favela.

Aujourd’hui, l’appellation favela sert à désigner tous les quartiers pauvres du Brésil. La ville de Rio en compte plus de 1000 qui abritent un tiers de sa population, sur les hauteurs et en périphérie de la ville. Depuis plus de 30 ans, les favelas de Rio sont sous la coupe de trois principaux groupes de trafiquants de drogues, le Terceiro Comando, le Comando Vermelho, et les Amigos de Amigo. Ils se sont substitués à l’Etat au sein des favelas de la ville, organisant les trafics et distribuant des aides alimentaires aux plus démunis en échange de leur collaboration. Régulièrement, le gouvernement de Rio envoie la police d’assaut, la BOPE, pour un « grand ménage »Le climat est d'une violence extrême et les victimes sont souvent nombreuses. L’assaut de Morro dos Macacos, dans le Nord de la ville, en 2009, a fait 12 morts et 8 blessés.

En novembre 2008, le secrétaire d’état de Rio à la défense, José Mariano Beltrame, et le gouverneur Sergio Cabral lancent la première Unité de Police Pacificatrice (UPP) dans le cadre d’un programme de lutte contre l’insécurité au sein des favelas de la ville, qui s’accompagne de la construction d’infrastructures (routes, transports, évacuation d’eaux usagées, etc.). Les UPP reçoivent une formation à dimension psychologique et sociale dans le but de s’intégrer aux populations des favelas de façon permanente et ainsi empêcher le retour des narcotrafiquants.

Point de vue des Babiloniens.

La prise de conscience des politiques et la mise en place d’un programme adapté au sein des quartiers pauvres, est déjà une évolution importante de la politique brésilienne. Le quotidien des habitants est incontestablement plus sain. Ils peuvent sortir de chez eux sans risque de balles perdues.

Pour les jeunes du quartier, « l’éradication des narcotrafics » est une formule-vitrine.  En réalité, nous confie l’un d’entre eux, il existe encore des trafics de drogue dans les parties hautes de la favela, là où la police ne vient pas fourrer son nez. Ils sont cependant moins visibles. Il nous fait part de sa méfiance vis-à-vis des policiers de l’UPP. Comparables à la police de proximité en France, ils sont, au Brésil, lourdement armés et présents en masse à chaque angle de rue. Ils partagent pourtant les repas de la communauté, croquant un burger de chez Maria à midi, ou une feijoada traditionnelle dans une des lanchonettes de la rue.  C’est parce que les habitants se souviennent de la violence de la BOPE et des règlements de compte par les barons de la drogue, que la présence policière est mal acceptée. La confiance envers le gouvernement qui les a négligés si longtemps est elle aussi limitée. La politique de sécurité engagée dans l’optique de l’accueil de la FIFA en 2014 et des JO en 2016 par la ville, sera-t-elle maintenue après que la ville a reçu les félicitations de la communauté internationale ?

Le père de Thiago, lui, pense que police ou non ça ne change rien . Tant que des réformes durables ne sont pas engagées dans les domaines de la santé et l’éducation, la vie des habitants des quartiers pauvres ne changera pas. En effet, le Brésil - bien que géant économique -, est encore un cancre dans ces deux domaines malgré des réformes comme la bolsa familia, engagée par le président Lula (PT) en 2003, qui ont fait passer de 20 à 11% en 2011 le taux de Brésiliens vivant dans la pauvreté extrême . Le chemin est encore long avant de parvenir à gommer les profondes inégalités qui divisent la société brésilienne. 





Aujourd’hui 33 UPPs ont vu le jour et l’objectif est d’atteindre les 40 pour 2020. Les effectifs de la police sont pourtant bien insuffisants pour assurer la couverture des favelas les plus pauvres, en périphérie de la ville où certains des groupes de narcotrafics comme Comando Vermelho se sont retranchés. L’engagement de campagne prioritaire de la présidente Dilma (PT) de sortir le pays de l’extrême pauvreté en poursuivant les réformes sociales, s’est concrétisé par la signature du programme  «Brésil sans misère », le 2 juin 2011. Il laisse penser que les efforts en termes d’infrastructures et d’assainissement seront accentués pour améliorer les conditions de vie et libérer définitivement les favelas du joug des narcotrafics.  L’expression « favela pacifiée » fait pourtant sourire les habitants de Babilonia et sert, sans aucun doute, plus pour la plaquette touristique des « favelas tours », pour les 5 % de touristes qui s’intéressent au visage si longtemps caché de la Cidade Maravilosa et bénéficient du point de vue sur la baie de Rio, brumeuse sous le soleil pale de cet hiver 2013.

10 octobre 2013

Un poker à Washington.


Le monde le redoutait, les Américains aussi, et, finalement, le voilà qui a bien fini par sortir de la forêt politique de Washington pour montrer le bout de son nez. Lui, c’est le shutdown, ou blocage du budget américain, omniprésent sur les langues des géopoliticiens et économistes depuis déjà quelques jours, alors qu’il avait pourtant été porté disparu depuis 1996, et le premier mandat de Bill Clinton.

18 blocages en 42 ans.

Le shutdown, n’est, en effet, pas une nouveauté dans le pays de l’Oncle Sam. Cela a déjà été le cas 18 fois en 42 ans, et les États-Unis n’ont pas pour autant disparu de la carte. Malgré les risques inconsidérés qui pourraient replonger l’économie américaine dans les marasmes de la crise économique c’est, bel et bien, une partie de poker menteur qui se joue sous les projecteurs du District of Columbia. 

Comme dans le célèbre jeu de carte américain, il a, en effet, bien fallu miser pour espérer voir des éventuelles retombées d’investissement, ou, au contraire, tout perdre. Néanmoins, dans ce cas, c’est le peuple américain qui pourrait, au final, être sacrifié sur l’autel des ambitions politiques des divers partis. Il est clair que cette paralysie du budget va toucher très rapidement les Américains moyens, car les administrations, musées, parcs nationaux et même la Maison-Blanche tournent au ralenti, faute de budget pour régler leurs dépenses quotidiennes et donc pour payer leurs employés...

L’anachronisme des Pères Fondateurs.

Les raisons de cette impuissance administrative sont simples et peuvent se résumer en deux points. La première est ancienne, très ancienne, car elle nous fait voyager jusqu’à l’essence même de la Constitution du pays, ratifiée en 1787 par une convention réunie à Philadelphie, la ville de l’amour fraternel. Ce texte écrit par les « Pères Fondateurs » [nom donné aux « Pères » de l’indépendance militaire et idéologique des États-Unis] est clairement bâti sur la séparation stricte des pouvoirs. Bien que le pouvoir américain se schématise à l’étranger, le plus souvent, par la figure du président, ce n’est finalement que la partie émergée de l’iceberg que contemple le monde. Les contrastes sont en effet forts entre les différents États de l’Union qui disposent d’un climat, d’une économie, d’une population et même d’une histoire disparate. 

C’est pour cela que le pays entier s’est construit avec 50 pierres uniques, et donc que la Constitution a décidé de séparer, jusqu’à la fracture, les pouvoirs entre le Président de l'État fédéral et sa Chambre des Représentants, dont chaque membre porte l’étendard de son propre État. Afin d’assurer ce pragmatisme local, les « Pères Fondateurs » ont fait en sorte que les mandats soient brefs, avec un pays en élections présidentielles ou parlementaires tous les deux ans. Ces institutions presque anachroniques forcent donc le Congrès et la Maison-Blanche a continuellement parlementer.

« Tout sauf l’Obamacare ».

Ajouter à ces institutions complexes les actions du Tea Party et vous comprendrez la crise actuelle. Cette aile droite du parti républicain, dont le nom rappelle la Boston Tea Party, acte de bravoure de la lutte pour l’indépendance du pays, veut faire peur. En effet, ces conservateurs ont en ligne de mire le 17 octobre, jour où le Congrès doit voter le relèvement du plafond de la dette, ce qui serait impossible sans un accord sur le budget et donc où les États-Unis pourraient être déclarés en cessation de paiement avec toutes les conséquences économiques que cela auraient sur l’économie nationale. 

Ce Tea Party a redessiné la stratégie républicaine depuis quelques années en étant franchement hostiles à l'État fédéral, et en luttant intimement contre les aides sociales, vues comme de la charité que le contribuable lui-même devrait payer. C’est donc une réelle « croisade idéologique » comme l’a qualifié Barack Obama, car les élus du Tea Party rêvent toujours de mettre fin à l’Obamacare, la réforme de santé, chef d’œuvre du mandat du 44ème Président des États-Unis. Parallèlement à cela, c’est également les élections internes du parti républicain qui sont dans le viseur de cette aile conservatrice, avec l’objectif ambitieux de les gagner pour réussir ainsi à faire pencher encore plus le parti à droite.

Barack Obama, en compagnie du Vice-président Joe Biden, dénonçant la « croisade idéologique » que mènent les Républicains au Congrès.

Barack Obama, carré d’as ?

Les cartes du Tea Party ne semblent, certes, pas réellement surprenantes, mais qu’en est-il de celles de Barack Obama, lui aussi grand acteur de ce poker à Washington ? Le shutdown semble lui profiter, contrairement aux Républicains qui passent pour des empêcheurs de tourner en rond. Le Président l’a répété plusieurs fois, cette « croisade idéologique » des conservateurs a un réel impact sur les Américains et prend en otage l’économie du pays. En affirmant sur les réseaux-sociaux et même dans ses discours sa volonté de négocier et son ouverture d’esprit, le Président vise à ridiculiser un Tea Party égoïste et dans le même temps, à décrédibiliser les Républicains pour les prochaines élections parlementaires pour récupérer la majorité dans les deux chambres. 

La stratégie de la Maison-Blanche est donc claire, dénoncer le manque de sérieux des Républicains, qui, en jouant la carte du « tout sauf l’Obamacare », seraient prêts à sacrifier des millions d’Américains pour obtenir cette victoire tant désirée. Surfant sur des sondages plutôt bons (44% de bonnes opinions, contre seulement 17% pour le Congrès), Obama semble être en position de force. Reste donc à savoir quelles seront les cartes dévoilées par les deux partis dans les prochains jours pour voir si ce jeu de poker menteur se finira avant la date fatidique du 17 octobre.

28 septembre 2013

Viseur de LPO - Septembre



Arctic Monkeys - AM

Arctic Monkeys sort l'album rock sans doute le plus attendu du mois de septembre. Après deux ans d'attente et l'opus «Suck and See», le groupe revient nous réveiller avec «AM». La route parcourue depuis le premier album, en 2006, est parsemée de nouvelles influences. Les fans de la première heure ne se retrouveront pas forcément dans ce nouvel album, peu étonnant depuis le virage entamé en 2009, «Humbug». Le groupe tente d'intégrer de nouvelles inspirations pour sortir du cadre du simple rock anglais Indie, flirtant avec des sons funk voire glam rock. Alex Turner, qui a également annoncé vouloir jouer des sons comme celui de Dr. Dre, ne cache donc  pas son désir d'explorer et de tenter. Le son se fait plus noir, voire désabusé sur certains passages. Les sujets abordés dans les premiers albums qui dépeignaient la vie au Royaume-Uni et à Sheffield, ancienne ville minière sont peu à peu délaissés. Les problèmes de cœur et les nuits tardives ont pris le pas sur les ritournelles de son chanteur, liés, pour certains, à quelques problèmes récents dans sa vie privée. Le clip ci-dessous de «Why´d you only call me when you're high?» est à l'image de l'album à écouter pour les bonnes fins de soirées. A noter que le groupe classe pour la cinquième fois un album numéro 1 des charts au Royaume-Uni. C'est donc la première fois qu'un groupe indé réussit cet exploit.


 
 Artic Monkeys - Why'd you only call me when you're high?
Quand les hallucinations nocturnes vous jouent de mauvais tours....

London Grammar - If you wait

L'EP produit par le groupe, en février 2013, avait fait naître de grands espoirs sur ce groupe de Londoniens. Les deux membres masculins (Dot Major et Dan Rothman) se sont rencontrés à l'université et puis, ont trouvé en Hannah Reid, la pierre angulaire qui leur manquait. Même si les garçons admettent avoir été d'abord sublimés par le physique de la chanteuse, ils ont vite compris que les compositions et sa voix cachaient bien plus d'opportunités. Les promesses de l'EP ont bien été tenues, Hannah Reid transcende l'album par une maîtrise étonnante. Certains tendent déja à la comparer à Lana Del Rey bien que la noirceur de Reid soit bien plus prononcée. Les compositions du groupe se placent dans la lignée de la Cold Wave. On y retrouve les saveurs de Portishead et de Massive Attack ou, plus récentes, de The XX ou Kavinsky, dont ils reprennent le fameux «Nightcall». La propreté de l'album devrait rapidement être un objet de convoitise pour les médias, Placide ou pas, la rédac' de LPO vous recommande l'écoute me dans ce viseur de septembre, bien sombre. 



London Grammar - Strong



Babyshambles - Sequel to the Prequel

Après 10 ans d'existence et quelques 6 ans d'absence, les Babyshambles reviennent sur le devant de la scène, avec «Sequel to the Prequel». Rien de tout à fait nouveau dans cet album. Les Babyshambles ressassent l'ancien. Son charismatique chanteur, Pete Doherty semble néanmoins plus apaisé dans un album qui reste mélodique. Cependant, aucune chanson ne vous reste vraiment en tête, exceptée sans doute «Nothing comes to Nothing». Cet opus regorge  de nombreuses facettes de la musique du XXe siècle  Nous assistons à une sorte d'Odyssée du Rock, allant jusqu'aux portes du fleuve Reggae, notamment avec « Dr. No ». Cependant, l'album est très inégal. Certains titres et styles sont plutôt maîtrisés alors que d'autres méritaient encore de macérer dans le Milk-Shake Babyshambles, attendons donc le prochain album. Reste à savoir si les meilleurs titres, comme « Sequel to the Prequel », résonneront encore dans 10 ans. Certains ont enterré trop vite ce fameux anglais en exil (Pete Doherty habite à Paris depuis 2009). L'image de poète maudit lui colle encore à la peau mais après cet album, on ne peut que souhaiter que la saga continue ! 


Babyshambles-Nothing Comes to Nothing


 

 





18 septembre 2013

Beirut : In the footsteps of a Syrian refugee


The main problem when you’ve chosen one of the cheapest hotels in Beirut is that comfort isn’t the priority of the owner. The electricity shortage is a common thing; there is a single shower and restrooms for the whole story – in the same room so that the toilet paper is constantly wet – and the air-conditioning is fragile. But this Spartan way of life, softened by the pink and yellow Cinderella bedding, is counterbalanced by the opportunity to meet the prominent personalities who have become your room/floor mates. Contrary to you, they haven’t chosen this strange auberge espagnol where it smells good speaking Arabic, English or French at the same time. The first story of the Talal Hotel is full of Syrian refugees who have eventually fled the horror of the civil war between the supporters of Bashar al-Assad and the FSA (Free Syrian Army,ed.) rebels backed by some fundamentalist groups. According to the Lebanese minister of the Interior Marwan Charbel, more than 1.2 million refugees have already crossed the border. Since the war took their family, their home and their nation away, they don’t know what their future will be about.

Samer, 32, is one of them. He has accepted to tell his story. He wants to explain why he took so much time before leaving his country. The first time I met him, he was lying on a couch of the hotel ground floor. His eyes seemed full of despair. He was bare-chested – some scares on his shoulders gave some terrible ideas of what he could have lived in Syria – and was only wearing a Bermuda short and a pair of thongs.

 Here is Samer, smiling for the photo while a friend from Homs, Syria, cuts his hair.

In the evening, we have more time to discuss since we are eventually alone. He tells me he has come from Damascus a month ago. So far the capital of Syria remains faithful to al-Assad. He has chosen to rally Lebanon because it seems to be the easiest way out in such an emergency case. While his family is still in Damascus, Samer barely manages to survive in Beirut thanks to the savings he made when he was working in an insurance company. Then I suddenly understand that Damascus has become a lawless area. Of course, Samer has fled from the fighting chaos but not only. He confesses to me that he might have engaged himself in a trouble business with “some bad guys”. These men are now after him and there is the main reason for his presence in Lebanon. When I try to learn more about this, he suddenly swears that his English is too uncertain so that he cannot explain clearly his situation. Yet until then he seemed pretty fluent…

Even after a month in Beirut, it is still hard for Samer to find an employment in order to earn a living and avoid squandering his savings. There is nothing pleasing in this county for Samer compared to his dictatorial – but peaceful – native Syria. Even if he finally finds a job, Samer claims that the wages he would earn (“from $700 to $1000”) won’t be enough to live in Beirut. The Lebanese capital is famous for being one of the most expensive cities in the Middle East. A 2010 survey by the business consultancy Cushman and Wakefield has ranked the city as one of the most high-priced city among ten Arab metropolises regarding rents. The cost of living has skyrocketed since the end of the civil war (1975-1990) because of the wealthy Lebanese diaspora who got involved in real estate rebuilding. To these difficulties is added the tensed relationship between the two rival brothers: Lebanon and Syria. Proudly, Samer reminds me that “Syria and Lebanon used to belong to Syria; it was only a region: Mount Lebanon” before both countries’ independence (namely in 1943 and 1946). But the 20th century rivalries, that the Lebanese people still resent, have been brought back by the new refugee flow. “The Lebanese people hate the Syrians” maintains Samer. According to him, that’s why he couldn’t find work.

Unemployed, the days seem endless for Samer and his countrymen. Without any goal, he wanders back and forth in the stories of the hotel. His only certainty is that he can’t stay infinitely in Lebanon. Sooner or later, he would have to flee this country where he has no ties. As many Syrians, Samer’s hope is to go abroad. As an example, he introduced me to his roommate who is waiting for a visa for Dubai. Samed would prefer Europe. He tells me that three of his friends managed to obtain asylum in Sweden where everything was made to integrate them. To reach it, they had to pay $7000 for a fake passport and the help of smugglers through Turkey and the Balkans. Samer can’t afford it right now and such an amount of cash won’t grow on a cedar.

Every night, the young Syrian waits for sunset before hanging out with his fellows in the merry neighborhood of Hamra. They never forget to take the newcomers with them like this young man coming one night from Aleppo. He’ll take the flight for the UAE (United Arab Emirates, ed.) the next morning. In adversity, common pain seems to strengthen the solidarity of the exiled Syrian community. Samer and his companions in misfortune often come back late at the hotel and they talk for hours in the hotel living room. When we speak again of the war, Samer keeps going: “Bashar is a criminal, a terrorist. Are you aware of that in France?” At the same time, his neighbor – from Syria too – rages playing Counter Strike on his laptop. War has its reasons that reason knows nothing of…

12 septembre 2013

Traces d’un exilé syrien à Beyrouth.


Le problème quand vous vous débrouillez pour loger dans un des hôtels les moins chers de Beyrouth, c’est que le confort est sommaire : coupures de courant fréquentes, toilettes et douches communes pour tout l’étage (dans la même salle donc votre papier toilette est en permanence détrempé) et air conditionné plus qu’incertain. Mais ce mode de vie quelque peu spartiate, certes adouci par la literie aux couleurs rose fuchsia, bleue et jaune de la Cendrillon de Disney, est contrebalancé par les personnalités qui partagent votre chambrée et le reste de l’hôtel. Ces dernières, contrairement à vous, ont bien souvent été obligées de s’arrêter dans cette auberge espagnole surprenante où flotte dans l’air un doux mélange de paroles arabes, anglaises et françaises. Le premier étage du Talal Hotel grouille de réfugiés syriens qui ont fini par fuir l’horreur d’un conflit fraternel entre les fidèles de Bachar el-Assad et les rebelles de l’ASL [Armée Syrienne Libre, ndb] secondés par un certain nombre de groupuscules fondamentalistes. Ils seraient plus de 1,2 million à avoir afflué au Liban, selon le ministre de l’intérieur libanais Marwan Charbel. Ils ne savent pas trop ce que l’avenir leur réserve, maintenant que la guerre leur a volé leur famille, leur toit et leur patrie.

Samer, 32 ans, est l’un de ces réfugiés. Il a accepté de se confier. De dérouler son parcours afin d’expliquer pourquoi il a mis si longtemps à quitter son pays. Je le croise pour la première fois avachi dans un des fauteuils du salon de l’hôtel, le regard sombre et perdu. Torse nu, tongs et bermuda, des cicatrices – laissées par des brûlures ? – sur ses épaules laissent songeur sur ce qu’il a pu vivre en Syrie.

Samer, le temps d'un sourire alors qu'un ami de Homs le passe à la tondeuse.

Le soir venu, nous trouvons enfin l’occasion de discuter plus amplement alors que nous sommes seuls sur le balcon de l’étage. Originaire de Damas, capitale jusqu’ici restée fidèle à al-Assad, il est arrivé il y a un mois au Liban. Il a choisi le pays du cèdre par défaut, car il semblait être le plus facile à rallier dans l’urgence. Alors que sa famille a dû rester sur place, Samer vit jusqu’ici sur les économies qu’il avait accumulées en travaillant dans les compagnies d’assurances. Je comprends alors que même Damas est devenue une zone de non-droit. Samir a fui les combats, bien sûr, mais me confie également qu’il ne s’était peut-être pas mis en affaire avec les « personnes les plus recommandables ». Il m’affirme que ces gens en ont maintenant après lui et que c’est ce qui l’a poussé à s’exiler définitivement. Quand je tente d’en savoir un peu plus, il se ferme. Alors qu’il s’exprimait dans un anglais plus que correct jusqu’ici, il me soutient que sa maîtrise de la langue de Shakespeare n’est pas suffisante pour que je saisisse le fin mot de son épopée.

Après un mois passé à Beyrouth, Samer peine toujours à trouver du travail pour subvenir à ses besoins et éviter de dépenser son maigre pécule. En fait, rien dans ce pays ne trouve grâce à ses yeux, comparé à la Syrie, dictatoriale mais paisible et stable, qu’il a connue. Même s’il trouve un emploi, il soutient que le salaire qu’il obtiendra (« 700$ en moyenne, peut-être 1000 au maximum ») ne lui permettrait pas de vivre correctement dans la capitale libanaise. Beyrouth, il est vrai, est réputée pour être une des villes les plus chères de tout le Moyen-Orient. En 2010, une enquête du consultant Cushman and Wakefield a classé la ville comme celle avec les loyers les plus élevés parmi dix métropoles arabes. Le coût de la vie semble avoir explosé à la fin de la guerre (1975-1990), lorsque les riches expatriés libanais se sont impliqués dans la reconstruction immobilière. A cela s’ajoute la difficulté des relations entre les deux frères ennemis que sont le Liban et la Syrie. Avec fierté, Samir me rappelle qu’avant l’indépendance des deux pays [en 1943 pour le Liban et 1946 pour la Syrie, ndb], « le Liban appartenait à la Syrie, ce n’était que le Mont Liban et non un pays indépendant ». Mais les tensions qui ont émaillé le XXe siècle, dont la population libanaise garde un sombre souvenir, semblent avoir été ravivées par ce nouvel afflux de réfugiés. « Les Libanais n’aiment pas les Syriens » affirme Samer, c’est pourquoi il aurait tant de mal à trouver du travail.

Sans emploi, les journées sont donc longues pour Samer et ses nombreux compatriotes. Sans réelles perspectives, il égrène les heures en une longue errance dans les étages plus ou moins pleins de l’hôtel. Sa seule certitude semble être qu’il ne pourra pas rester indéfiniment au Liban. Que tôt ou tard, il lui faudra mettre les voiles et s’éloigner de ce pays où rien ne le retient. Comme beaucoup de réfugiés syriens, Samer pense que son salut viendra de l’étranger. Il prend pour exemple son ami et voisin de lit qui est en attente d’un visa de travail pour Dubaï. Le regard de Samer se tourne plutôt vers l’Europe. Il me glisse que trois de ses amis ont réussi à obtenir l’asile en Suède, où tout a été pris en charge pour eux une fois arrivés. Avant cela, ils avaient dû payer 7000 dollars pour de faux passeports et l’aide de passeurs pour la Turquie puis les Balkans. Samir ne possède pas cette somme et ne risque pas de la trouver sous le sabot d’un des chevaux de l’hippodrome de Beyrouth.

Le jeune Damascène n’attend donc qu’une chose : que la nuit tombe pour aller prendre un verre avec ses compatriotes dans le quartier d’Hamra, en n’oubliant pas d’intégrer les nouveaux venus comme le soir où un jeune homme arrive d’Alep pour s’envoler le lendemain en direction des Emirats. Face à l’adversité, l’expérience des blessures communes semble renforcer la solidarité de la communauté syrienne, quelle que soit la ville ou région d’origine. Samer et ses amis d’infortune rentrent souvent tard et discutent sur les canapés du salon. Lorsque nous reparlons de la guerre, Samer ne cesse de me répéter : « Bachar est un criminel, un terroriste. Vous le savez en France ? ». Au même moment, son voisin, lui-aussi syrien, se déchaîne en jouant sur Counter Strike. La guerre a ses raisons que la raison ne connait point…


9 août 2013

Un oeil sur les festivals - part 2.



Nous continuons notre route des festivals et c'est à Landerneau (Finistère) que le festival « Fête du Bruit » (du 9 au 11 août) accueille une large variété d'artistes et de genres. Vous pourrez ainsi y croiser Snoop Dog aka Snoop Lion, Patrice, Pete Doherty, Madness ou encore Asaf Avidan et Birdy Nam Nam.


LPO retient pour sa part l'apparition en Bretagne de l'irlandaise Sinéad O' Connor. Après l'annulation de sa tournée en 2012, elle revient pour présenter son dernier album (How About I Be Me and You Be You) et rejouer les grands classiques qui ont fait sa célébrité dans les années 1980 et 1990. Si sa musique a pu changer sur certains points, l'artiste reste identique, libertaire, rasée, revendicatrice.


Ses sorties médiatiques ont également fait sa réputation, notamment lors de ses prises de position à propos de la religion, des droits des femmes, de la guerre et des affaires d'abus d'enfant au sein de l’Église catholique. L'une des plus remarquées reste ce passage au Saturday Night Live en 1992, où pendant une reprise de Bob Marley, elle modifie les paroles pour souligner ces abus. Elle termine alors son show en déchirant une photo de Jean-Paul II. Les États-Unis s'enflamme et sa carrière en sera grandement affectée. De nombreuses polémiques viennent agrémenter ce tableau. Pour n'en citer qu'une, son ordination par un prêtre dissident.

Ne manquez donc pas cette figure musicale irlandaise et mondiale. Elle ne s'offre à la vue de son public que rarement, ces temps-ci.

Sinéad O'Connor en 1992 lors de son passage au Saturday Night Live.


L'un des succès mondiaux de Sinéad O' Connor, Nothing Compare 2 U, reprise de Prince.